J'ai vécu le socialisme (1970)

Les années 1970

Le robot masseur

Enfant, je passais mes vacances chez mes grands-parents à Kazanlak. Nous allions aux bains municipaux, qui avaient été construits à côté des bains turcs. Cinq ou six masseurs (des Tziganes tout moisis par l’humidité), s’escrimaient à hygiéniser la population. Nous leur tendions nos tickets, ils les collaient au mur trempé derrière eux et nous appelaient quand c’était notre tour. Ensuite, ils nous frottaient le dos très consciencieusement, jusqu’à faire mal, et, terminant la procédure par une claque avec le gant, plantaient le ticket utilisé sur un clou et appelaient le suivant.

Lors de mes vacances d’été au début des années soixante-dix, il y avait, dans les bains publics emplis de buée et d’échos, une nouveauté tout à fait surprenante. Les masseurs étaient toujours là, assis l’un à côté de l’autre, chacun près de sa vasque, avec ses innombrables tickets derrière lui. Mais en face d’eux se tenait un masseur robot. Fabriqué dans un métal brillant, assurément inoxydable, il avait deux mains: une sur laquelle il fallait enfiler le gant et l’autre dans laquelle il fallait mettre l’éponge. Tandis que la bruyante file devant les masseurs s’allongeait, du côté du robot, bizarrement, il n’y avait personne. Mon imagination enfantine me le présentait comme un instrument d’inquisition et seule la pancarte exhortant chacun à enfiler ses propres gant et éponge le reliait d’une certaine façon aux bains publics.

Tout le temps que le robot se tint dans les bains (au moins deux ans, me semble-t-il), je ne vis personne s’abandonner dans ses bras. Je croyais qu’il n’y aurait pas de gens assez hardis pour se risquer à se faire frotter par lui. En fait, si; mais il s’était avéré que, contrairement aux masseurs, il ne frottait pas assez fort. Pour le nettoyage des pores, zéro.

Longtemps après que les gens eurent cessé de faire attention à lui, le robot masseur disparut. Je suppose qu’il s’agissait d’une rationalisation née du génie industrieux de l’usine Hydravlika de Kazanlak. Le robot ne disputa pas sa clientèle à l’équipe de masseurs. Aberration sympathique qui eut une mort silencieuse et résignée, il semblait le dernier écho de cette volonté de fer de moderniser la vie qui, vingt ans plus tôt, dans les années cinquante, aurait mis au garde-à-vous devant lui tous les baigneurs, masseurs compris.

Borislav Skotchev, Kazanlak

La télé en hiver

Je suis né à Loukovit, petit bourg endormi. Mon histoire commence pendant l’hiver 1970-1971. Avec l’argent économisé pendant des années, ma grand-mère acheta un téléviseur «Pirine». Quel prodige, quelle fête… Tout le quartier est venu voir (et toucher!) le prodige. Il n’y avait pas de gamin plus heureux que moi dans la ville. Tous les jours, je racontais à la marmaille le «Seuntcho» de la veille (l’émission du soir pour les enfants). Cet hiver-là est sortie la série «À chaque kilomètre». À la radio locale, on ne parlait que de ça. Notre poste de télé était le seul de la ville et on venait de tous les quartiers voir les nouvelles. Mon père posait la télé sur l’appui de la fenêtre, tournée vers la cour, et les gens s’alignaient, tels des soldats. Chacun apportait sa petite chaise à trois pieds, les premiers arrivés occupaient les meilleures positions. Personne ne soufflait mot pour que la foule derrière puisse entendre. Si d’aventure un enfant se mettait à pleurer, il ne tardait pas lui non plus à se taire, je ne sais comment. Nous étions en hiver, les hommes apportaient des provisions de gnôle et de vin: il fallait se réchauffer! Ensuite, pendant la semaine, les commentaires allaient bon train sur ce qui s’était passé durant l’épisode et ce qui allait arriver dans l’épisode suivant.

Guéorgui Guéorguiev, 40 ans, technicien des ascenseurs, Miami, USA

Grand-mère Viara, la standardiste du Conseil d’État

Non, je n’ai pas de mauvais souvenirs du communisme, au contraire, j’éprouve même parfois une espèce de nostalgie pour la tranquillité passée, pour mon enfance heureuse. Mais j’ai une vision cauchemardesque des gens qui ont fait corps avec cette époque et ce régime. Bon, pas tous, mais quand même…

Je suis venue au monde dans le plus grand secret il y a 28 ans à Varna. Je suis l’enfant des amours coupables d’une jeune provinciale et du fils de grand-mère Viara de Sofia. Grand-mère Viara était standardiste à l’Assemblée nationale (ou au Conseil d’Etat). Ce n’était pas rien, à l’époque. En tant que serviteur dévoué du Parti, elle était en vacances avec son fils et sa fille dans la maison de repos du Conseil d’Etat à Varna. Là, en septembre-octobre 1976, entre le fils de grand-mère Viara et mon indigne mère, rejeton d’une famille douteuse, se noua une idylle. D’après ma mère, c’était un amour sincère et heureux. Grand-mère Viara paraissait voir d’un œil indulgent la liaison éphémère du Sofiote et de la jeune fille. Liaison qui résulta, neuf mois plus tard, en un nouveau-né bien portant de sexe féminin.

Apprenant qu’elle allait être mère, la naïve provinciale se rendit à Sofia pour rencontrer le futur papa et lui annoncer la grande nouvelle. Elle fut reçue par grand-mère Viara, dans l’un des prestigieux immeubles à côté du cinéma «Orient». Grand-mère Viara, imbue de sa grandeur, la traita plutôt froidement. Elle réunit le soir même le conseil de famille et, en présence des deux amoureux, elle rendit la sentence: l’avortement. Qui donc avait besoin de cet enfant, fruit d’une relation inégale; elle, elle formait de grands projets pour son fils, un enfant qui arrivait si tôt allait tout chambouler. Des menaces voilées laissèrent entendre que le fils de la standardiste de l’Assemblée (ou du Conseil) n’était pas obligé d’épouser une petite paysanne uniquement parce qu’il s’était amusé un peu imprudemment.

Je ne sais pas comment ma mère est rentrée à Varna, mais je sais qu’elle avait l’argent pour l’avortement. Finalement, elle ne l’a pas fait, parce qu’un avortement, à l’époque, ça ne se faisait pas comme ça. Je suis donc venue au monde, et j’ai pris mon chemin vers une autre maman et un autre papa. Les mères célibataires étaient rarissimes. La société socialiste tout entière, la collectivité, la famille montraient du doigt les filles-mères, pour qui la vie devenait petit à petit un enfer. Bon, ma mère n’a pas eu la force d’être une mère célibataire en 1977. Elle n’a pas eu le courage de téléphoner au fils de grand-mère Viara et de lui dire que, malgré tout, quelque part en Bulgarie, un cœur battait avec son sang.

Des années plus tard, j’ai rencontré ma mère. Dans ses yeux, outre le bonheur de me voir, j’ai vu aussi la peur. Une grande peur – parce qu’elle n’avait pas avorté, elle avait fait une petite-fille pas à n’importe qui mais à la téléphoniste d’un échelon du pouvoir. Aujourd’hui encore, ma mère vit avec la peur que le fils de grand-mère Viara n’apprenne, avec 28 ans de retard, qu’elle n’a pas avorté, et elle éprouve une terreur panique à l’idée que je pourrais le rechercher, ce qui la ferait revenir au cauchemar de 1976. Peu ou prou, ma mère vit toujours dans le monde du communisme, où la guettent des ombres.

Et moi… j’existe grâce à une femme indocile et à un Sofiote inconnu. Parfois, je prie pour que ce Sofiote soit devenu une grosse légume, qu’il travaille dans une centrale téléphonique du Parti, qu’il soit un père comblé et aimé, mais plus que tout, j’ai envie de voir grand-mère Viara et de lui raconter mes souvenirs du temps du communisme.

Ralitza Guéorguieva, 28 ans, administrateur système, Varna.

Le club artistique

Je suis de la promotion 1977 du Lycée de langue française de Sofia. Chaque année le lycée organisait un festival des clubs d’amateurs d’art. Je participais régulièrement, malgré mon manque de dons artistiques particuliers.

Je pense que c’était au printemps 1975. Le festival se déroulait cette année-là au centre culturel «G. Dimitrov» (qui devint un cinéma) sur la place Vazrajdané (un bâtiment, par ailleurs, construit par mon grand-père, maître maçon, dont je porte le nom). Notre classe avait préparé une petite pièce. Le sujet en était la lutte antifasciste. Je jouais un policier qui tourmentait un détenu. Le «détenu» (un condisciple qui se fait remarquer depuis un certain temps dans la carrière diplomatique) faisait semblant de laver le plancher de la «cellule» à la brosse. Ce faisant, il soulevait de grosses quantités de poussière, d’autant plus visible qu’elle était prise dans la lumière des projecteurs braqués sur la scène. Le scénario prévoyait que je lui donne un coup de pied au derrière. J’imagine que, pris de trac ou pour faire plus réaliste, je lui ai décoché un coup de pied trop fort. Surpris par ce coup inattendu, il s’est mis à frotter avec une énergie renouvelée, soulevant un énorme nuage de poussière. À ce moment là, dans la salle on a entendu la voix sonore de la directrice du lycée: «Ho là, arrête avec cette poussière, mon garçon, on étouffe!» Les spectateurs ont éclaté de rire. Nous étions anéantis. Nous avons fini la pièce tant bien que mal, mais nous avons été classés parmi les derniers. La honte de ma vie.

Boris Philipov, 46 ans, consultant, Madrid

Logements et crédits

J’ai terminé l’université en 1971. À partir de 1973, j’ai commencé à faire des économies pour ma future famille, qui s’est formée en 1978. Avec ma femme Krassimira, on a économisé de l’argent, mais il s’est avéré qu’en tant que Sofiote de souche non inscrit au Parti, je en faisais pas partie du contingent bénéficiant (non sans mal) des appartements des immeubles de «Mladost»[1] et autres quartiers de rêve. Je n’étais pas non plus dans le cercle des proches des sommités de l’Institut de mathématiques, qui recevaient un logement par des voies obscures ou bien dans les trois méga-tours réservées à l’Académie des sciences. Il en ressortait que ma famille n’avait qu’à se conformer à la loi générale, c’est-à-dire constater qu’il n’y avait pas de logement pour elle. Un enfant nous est né. Nous vivions avec mes parents dans un deux-pièces du boulevard Patriarche Evtimii. Souvent, quand nous allions nous promener au pied du mont Tcherni Vrakh au-dessus de Sofia, nous regardions, ma famille et moi, les nouveaux complexes immobiliers de Sofia, et nous nous étonnions qu’il ne se trouvât pas, dans cette mer d’immeubles, un nid pour nous. Il y avait des groupes de gens «dans un besoin extrême», et nous étions dans le quatrième groupe, celui qui n’avait aucune chance. Pour passer dans le troisième groupe, j’ai dû signer un «contrat» avec mes parents stipulant que j’habitais chez eux en location – un faux intégral, il faut dire. Mais malgré ça, nous n’avons pas eu de logement.

Chaque octobre, dans un club en face du VIAS[2] il y avait des annonces de ventes d’appartements neufs, mais nos «points de crédit» ne nous y donnaient pas droit. Dix années se sont passées après notre mariage, mon fils a eu huit ans. Avec ma femme, nous avions mis de côté rien moins que 34 mille lévas (suffisamment pour acheter deux ou trois logements cash, mais il n’y avait pas d’offre pour ça). Le problème du logement a fini par devenir un cauchemar. C’est alors qu’a eu lieu, à grand renfort de marches et de fanfares… le centième anniversaire de l’Université de Sofia (1988). Le Comité central du Parti a décrété une commémoration solennelle et fait une «opération de séduction» auprès des enseignants en leur donnant en location cent appartements. Cela s’appelait des appartements de fonction. Et voilà… parmi les cent heureux élus était ma famille. J’étais heureux, au septième ciel: au bout de dix ans de mariage, nous aurions un logement, en location certes mais un logement à nous. En 1990, dix-sept ans après que j’ai commencé mon épargne-logement, nous avons réussi à acheter l’appartement.

Ces lignes s’adressent aux personnes qui entendent dire que du temps du socialisme, il y avait un toit pour tout le monde, et que cela n’était pas cher. Non, il n’y avait pas de logements pour tout le monde, il n’y en avait que pour les proches du pouvoir ou pour ceux qui travaillaient dans certaines entreprises favorisées pour une raison ou une autre. Et les logements n’étaient pas bon marché. L’argent pour se loger était un vrai problème si on ne faisait pas d’économies draconiennes comme c’était le cas de ma famille. L’emprunt existait – mais du coup, l’énorme quantité de comptes d’épargne-logement n’a pas pu servir à ceux qui les possédaient pour s’acheter un toit.

Je ne veux pas voir les choses en noir. J’ai vécu quelque temps en Allemagne et aux États-Unis, et je peux vous assurer que là aussi, comme partout ailleurs, le logement est un gros problème et un investissement familial énorme. Mais je n’ai vu nulle part une discrimination aussi évidente lors de – comment l’appeler? – l’acquisition d’un logement, de telles humiliations ni de telles restrictions de caste. Sans même parler de l’interdiction de disposer de plus d’une habitation (les gens divorçaient pour conserver la maison de leurs parents à leur mort); et quand on quittait une ville ou un village ou n’importe quel lieu habité, on était obligé de vendre les biens que l’on y possédait dans un délai de deux ans… C’était une forme de néo-servage. Sans oublier la notion de «citoyenneté sofiote».

Iossif Schwertner, 58 ans, enseignant à l’université St-Clément-d’Ohrid, Sofia

Élections

Les élections approchent. Je me rappelle mon premier vote. En 1971 a eu lieu un référendum sur la nouvelle constitution de Todor Jivkov. J’étais soldat à Simitli. Les compagnies arrivaient en rangs, en chantant, jusqu’au local où l’on votait. Dans la petite pièce sombre, il y avait une table, et, dessus, deux piles de bulletins – une grande pile, avec des «oui» lie-de-vin, et une petite, avec des «non» blancs. (C’est ainsi qu’on les appelait, rouge lie-de-vin – alors qu’il était inhabituel, pour les communistes, d’associer la couleur rouge au vin et non au sang.) On a voté et ensuite on est restés à traînailler dans le coin puisque c’était jour férié. À un moment, un lieutenant de la commission (le secrétaire du Komsomol[3], qui doit être général à l’heure qu’il est) est entré dans la pièce et en est ressorti avec un tas de bulletins blancs qu’il a jetés à la poubelle. Pourquoi voulez-vous que les soldats s’embêtent à choisir? Et puis, si quelqu’un votait non? Il faudrait que le secrétaire du Komsomol réponde de l’infiltration d’éléments ennemis dans l’armée.

Ognian Koutsarov, 54 ans, Varna

Pourquoi les vaches n’ont pas de lait

Je travaillais comme vétérinaire en chef des APK (complexes agro-industriels). En cette qualité, j’ai été convoqué à une réunion restreinte du parti. J’étais le seul sans-parti. Tous les principaux spécialistes des APK y assistaient. Le secrétaire régional du Parti m’a posé la question suivante: «Je voudrais que vous nous expliquiez pourquoi les vaches donnent peu de lait. Mais… vous ne vous en tirerez pas en invoquant les problèmes suivants: que le fourrage manque et que les vaches ont faim, je le sais; qu’elles n’ont pas d’eau, ça aussi, je le sais; que les éleveurs sont des Tziganes qui soignent les bêtes à la va-comme-je-te-pousse, je le sais aussi; et je sais que nous n’avons pas assez d’étables. Donnez-moi d’autres raisons pour lesquelles les vaches ne donnent pas de lait!» Tout le monde se taisait. J’étais inexpérimenté, et j’ai dit que les autres raisons n’étaient pas pertinentes. Quelques jours plus tard, le secrétaire du Parti m’a informé que puisque je n’étais pas membre du Parti, et bien que je fusse un bon spécialiste, je ne pouvais pas occuper le poste que j’avais.

Velisar Boumbarov, 48 ans, vétérinaire, Bat Yam, Israël

Les bains publics

Vous vous souvenez des bains publics? Et des Bains centraux près des halles?

Quand j’étais petite, nous n’avions pas de salle de bain à la maison et une fois par semaine, on organisait une visite à l’un des deux établissements les plus proches de la maison, dans le quartier Lozenetz. La famille y allait toujours au complet: ma mère, ma grand-mère et moi. Aujourd’hui encore, en fermant les yeux, je peux sentir l’odeur de l’eau bouillante et des serviettes-éponge légèrement humides et revoir la caisse et les deux ailes des bains, «Hommes» et «Femmes». Je me rappelle comme la masseuse m’impressionnait – grande et forte, avec un gant de crin et des savates en bois.

On allait aux Bains centraux plus rarement, dans les occasions spéciales. Je me rappelle surtout nos visites en hiver, quand les bassins à l’intérieur étaient particulièrement attrayants. Je me rappelle aussi les banquettes, sur lesquelles nous nous étendions après le bain, enroulées dans des draps, et nous mangions un fruit ou un autre, car ma mère en apportait toujours.

Ivona Spiridonova, 39 ans, philologue, Atlanta, Georgia, Etats-Unis

Arithmétique

J’allais déjà à l’école, je pense que j’étais en deuxième année du primaire. Je commençais à percer la folle magie des lettres et des chiffres, comment une chose est égale à une autre et comment en rassemblant au même endroit quelques signes graphiques on peut décrire des sentiments, des pensées, des impressions. Tout me paraissait étrange, mais ce qui m’est arrivé de plus étrange, en rapport avec ma science toute nouvelle, a eu lieu dans une pâtisserie. J’attendais mon goûter favori, une boza et une banitchka[4], mais, comme d’habitude sous le socialisme, il y avait la queue. Alors, pour tuer le temps, je me mis à parcourir les slogans sur les murs. L’un d’entre eux, qui n’était pas à proprement parler un slogan, m’a frappé: sous le profil en relief de Georges Dimitrov, il était écrit: «Un quart de siècle égal à un siècle». Je me mis à calculer: un quart de siècle, c’est 25 ans, un siècle, c’est un siècle, 100 ans. Bizarre, 25 égale 100? Il n’y avait ni logique ni concordance avec les lois de l’arithmétique que l’on nous enseignait pourtant avec rigueur à l’école. «Un quart de siècle égal à un siècle, un quart de siècle égal à un siècle», je me suis mis à chantonner ce calcul étrange, qui est resté enfoncé dans ma tête jusqu’à présent et que je n’oublierai probablement jamais. Je n’ai compris que plus tard que «nous allions obtenir en peu de décennies ce que d’autres peuples dans le monde ont mis des siècles à atteindre». Non que nous l’ayons atteint; mais cette inadéquation présentée comme une équation est pour moi un symbole des prétentions absurdes du socialisme.

Mitko Novkov, 43 ans, critique littéraire, psychologue, Sofia

Trente tonnes de plus

Dans une des classes du primaire, la maîtresse nous a demandé de composer l’énoncé d’un problème contenant les mots «trente tonnes de plus». C’était sans doute la fin de l’année, au mois de juin, car ma tête était pleine d’histoires de chauffeurs de camions qui perdent du blé en chemin. Mon grand-père, instituteur à la retraite, m’avait appris à lire très tôt. Tous les ans, les journaux répétaient les mêmes histoires: que la récolte était excellente, mais qu’à cause de la négligence de certains, on n’arrivait pas à la ramasser et à la stocker. Sans jamais les chiffrer, les journaux donnaient l’impression que les pertes étaient grandes. Ni une ni deux, j’avais le thème de mon énoncé. J’ai arrangé les chiffres de façon à ce qu’il n’y ait pas trop de différence entre les deux années (autrement dit, de façon à ce que cela paraisse vraisemblable), et j’ai obtenu le problème suivant: «Un chauffeur de camion perd, une année, 270 tonnes de blé. L’année suivante, il perd 30 tonnes de plus. Combien de tonnes le chauffeur de camion perd-il la deuxième année?»

Nous étions en 1974 ou 1975. Pas de chance, j’ai été choisi pour lire mon énoncé devant la classe. La maîtresse est restée un petit moment sans voix, puis elle m’a dit de m’asseoir.

Dimitar Kazakov, 37 ans, enseignant au département Informatique, York, Grande-Bretagne

Gustave, citoyen soviétique

Ma famille… nous étions les brebis galeuses de l’immeuble. Il y avait à cela trois raisons, noires toutes les trois: nous avions un piano à queue noir, un chien noir (le premier colley, et, de manière générale, un des premiers chiens de compagnie en Bulgarie), et une superbe horloge ancienne noire que nous avions héritée de ma grand-mère. Quand nous jouions à six mains, mes deux sœurs et moi, le chien hurlait, et après le grand tremblement de terre, l’horloge, que nous croyions jusqu’alors irrémédiablement cassée, se remit, par le plus grand des mystères, à marcher.

Point n’est besoin, je pense, de préciser que nous n’étions pas spécialement aimés des voisins. Franchement, on s’en fichait pas mal. Le léger parfum de scandale que dégageait l’image de ma famille me paraissait tout à fait naturel. J’avais six ans et je considérais les petites provocations de mes sœurs aînées comme normales, c’est tout le reste qui me semblait étrange.

Je me rappelle le jour où j’ai senti cette étrangeté s’insinuer dans ma vie et s’y répandre, telle l’encre d’une pieuvre. C’était un samedi et papa était sorti; en rentrant, il avait un drôle d’air, à tel point que ma mère a tourné la clef dans la serrure derrière lui. Ils se sont enfermés dans la cuisine, et, une heure plus tard, j’ai appris que papa avait eu une prise de bec avec le Siffleur – individu dont je n’ai jamais su le vrai nom, et qui était l’un des plus détestables activistes du Parti dans le quartier. Son surnom lui venait de ce qu’à l’heure du déjeuner, il se mettait au balcon pour appeler ses deux fils qui traînaient sur le terrain de jeu: il sifflait alors le signal du déjeuner, alors qu’ils étaient déjà assez gros comme ça, et son sifflement n’avait rien à envier aux trompettes de Jéricho.

Donc, le Siffleur avait dit à papa: ce sera le chien Gustave ou vous.

Je ne comprenais pas. Que pouvait bien lui avoir fait Gustave? Il hurle? Il salit? Il prend l’ascenseur sans payer? (L’ascenseur était actionné par une pièce de un centime, mais nous avions trouvé le truc, nous envoyions Gustave ainsi que nous le faisions avec la poubelle vide) Non, ce n’était pas cela. Gustav était «inacceptable». Dans quel sens? Pour qui? Je ne comprenais rien.

Je n’ai rien mangé pendant trois jours. Je me disais que c’en était fini de Gustave et j’avais envie de hurler de rage. Par-dessus le marché, chaque fois que nous sortions avec maman, une des voisines ouvrait et refermait sa porte, réussissant à glisser entre les deux«Espèces d’intellectuels!», ce qui faisait mourir maman de rire. Mais moi, je me sentais observée par tout l’escalier

Peu à peu, dans ma rage d’enfant, une figure a commencé à se dégager: celle du Siffleur. Dans la journée, quand je l’entendais siffler, je rêvais de lui envoyer une aiguille avec une sarbacane en papier. La nuit, je me débattais entre l’envie de l’arroser lorsqu’il passait en dessous de chez nous et celle de lui faire tomber dessus un seau de sable, ce seau que j’aimais faire descendre du balcon au bout d’une ficelle, sans nécessité, juste pour le plaisir. La ficelle pouvait m’échapper, non?

Ce fut papa qui m’épargna un crime. Un jour, il rentra de fort bonne humeur. Il venait de croiser de nouveau le Siffleur. Ce dernier l’avait averti que si Gustave ne disparaissait pas avant la fin de la semaine, nous serions expulsés. Mais papa avait sorti de sa poche les documents du chien, imprimés à Pétersbourg, avec un cachet mégalomaniaque russe, et les avait agités sous le nez du Siffleur. «Ce chien est citoyen soviétique! a déclaré papa. Tu ferais bien de changer ton fusil d’épaule, il pourrait t’en cuire!»

Gustave est resté chez nous et les concertos pour six mains et chien chantant ont continué. Je n’ai mesuré le risque que papa avait pris que longtemps après que ce risque avait cessé d’exister.

Albena Chkodorova, 34 ans, journaliste, Sofia

La maternelle infernale

Née en 1968 à Sofia, j’ai vécu l’apogée du socialisme, dont un des fleurons était une formule particulièrement adaptée à l’élevage de léninistes en herbe, le jardin d’enfants en internat.

J’y ai vécu quatre jours par semaine, d’abord à la crèche, puis à la maternelle. La crèche ne m’a pas laissé de souvenirs trop cauchemardesques grâce à la bonté d’une femme que j’appelais «maman Tana». En revanche, penser à «l’école maternelle d’élite n°100» me fait encore trembler. Elle se trouvait rue Guéorgui Guéorguiou Detch, derrière le «Jardin des Docteurs», juste à côté de l’immeuble de Lioudmila Jivkova[5].

Aujourd’hui encore je ne m’explique pas pourquoi les institutrices et les femmes de service étaient si aigries et cruelles ni pourquoi aucune ne montrait pas même un soupçon de compassion envers les enfants (fort nombreux) qu’on leur confiait entièrement vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Mon souvenir le plus marquant n’est même pas lié à moi. Dans notre groupe, il y avait deux jumelles. Elles étaient tout le temps collées ensemble, elles ne se séparaient jamais, le soir, quand nous allions dormir, elles se donnaient la main par-dessus les lits. Tout à coup, cela a énervé terriblement les institutrices, et, après s’être égosillées sans résultat plusieurs soirs de suite, elles les ont séparées. L’une des petites filles est allée dormir chez les garçons (ce qui était interdit), l’autre est restée chez nous. Mon Dieu, comme ces jumelles hurlaient, toute la nuit! Personne ne pouvait dormir et naturellement nous pleurions tous, nuit après nuit.

On ne les a pas réunies.

Les jumelles ont commencé à faire pipi la nuit, alors qu’elles étaient parmi les rares enfants déjà propres. Pour ce délit, il y avait une punition: celui qui faisait pipi au lit était chassé dehors tout mouillé, le temps qu’on lui change les draps. J’étais parmi ceux que l’on punissait régulièrement. D’ailleurs, la plupart des enfants avaient ce problème. Je me rends compte maintenant que c’était une réaction au stress auquel nous étions soumis. Je ne saurais dire combien de fois on m’a tirée du lit en pleine nuit pour m’envoyer, à moitié endormie, dans la cour, mais cela s’est produit assez souvent pour qu’à la fin, je n’aie plus peur du tout.

La dernière année, un matin, j’ai fait front à la maîtresse et j’ai dit «Je le dirai à maman.» Jusqu’alors, je n’avais rien dit à la maison. Comme les jumelles, comme les autres enfants. Après cette menace, les promenades en pleine nuit ont cessé, et j’ai compris instinctivement que les maîtresses, elles aussi, avaient peur.

Il a fallu que je sois en deuxième année du primaire pour que je réalise que j’en avais vraiment fini avec l’internat, et que je raconte tout à mes parents. Ils ne m’ont pas crue.

C’est ainsi que ma génération a été élevée: dans la peur, dans la culpabilité et dans l’éloignement des parents.

C’est pourquoi je me réjouis que mon fils (qui n’a goûté à aucun jardin d’enfants) me demande: «Maman, le socialisme en Bulgarie, c’était quand, sous le Premier ou sous le Second Royaume?»[6]

Dessislava Hourmouzova, 36 ans, philologue, Sofia

Au sujet des biberons Chico et autres bagatelles

Je me rappelle parfaitement, je me rappelle bien des mésaventures. C’est incroyable de penser que nous vivions dans l’absurde en en ayant conscience, que nous étions confrontés à des problèmes absurdes et réagissions de manière absurde, mais, Dieu merci, le sens de l’humour ne m’a jamais quittée et m’a sauvée de la folie. Mais je suis peut-être folle depuis belle lurette, qui sait!

Ce n’est pas de l’absurde en politique dans lequel nous étions entraînés que j’ai envie de parler, je recommande à ceux qui affirment n’avoir pas compris ce qui s’est passé de cesser enfin de le prétendre.

Sans doute les plus âgés se rappellent-ils la lutte absurde pour se procurer les objets les plus élémentaires d’une existence normale. Passons sur les «points de crédit» qui assuraient un logement préfabriqué dans un futur indéterminé et que nous accumulions pendant vingt ans (j’y suis toujours), et nous allions une fois par an pour voir ce qui «se donnait». Passons aussi sur l’épargne-voiture, qui restait pendant des décennies comme un dépôt de garantie du bonheur futur d’aller à la mer dans sa propre Jigouli[7] (la nôtre, je crois bien que nous ne l’avons demandée qu’en 1990, parce que notre tour n’est jamais arrivé). Je ne vais pas non plus épiloguer sur la manière dont mon mari et moi avons persuadé nos parents qu’il était raisonnable de divorcer en secret des voisins et des collègues, afin que lui et moi, chacun prenant avec soi un enfant, puissions prétendre à deux deux-pièces, plus faciles à obtenir qu’un trois-pièces (les trois-pièces n’atteignant même pas la centaine pour des dizaines de milliers de candidats), et de les réunir ensuite. Quand nous nous sommes présentés à l’audience, nous étions d’excellente humeur, et les enfants attendaient impatiemment que nous rentrions «du travail» pour partir en vacances à Baltchik (nous étions convoqués au tribunal le premier jour de nos congés annuels), et j’ai eu peur en voyant qu’une des femmes du jury était une collègue à moi qui pouvait me trahir. Elle ne l’a pas fait, mais nous n’avons pas non plus divorcé. Nous avons arrêté la procédure quelques mois plus tard: la solution de réunir les éventuelles garçonnières-bombonnières pouvait elle aussi s’éterniser.

Je voudrais raconter l’incroyable chance que j’ai eue de tomber enceinte à la veille d’un des congrès du Parti. C’était en 1976. Au printemps, ils ont «lâché» (comme on disait), dans les magasins du centre-ville, des vêtements et des chaussures: pour les congrès, il venait des étrangers et il fallait qu’ils puissent voir que nous allions de l’avant. On a aussi repeint un des murs de notre immeuble – celui qui donnait sur le boulevard Tzarigradsko chossé (boulevard Lénine, à l’époque), les autres murs sont restés tels quels. Mais moi, à ce moment-là, j’étais intéressée par les produits «Chico» qui devaient être «lâchés» pour le congrès.

Toute la famille s’est mise à faire le guet au DetMag[8] (terriblement antédiluvien et peu accueillant, c’était déjà tragique à l’époque) et dans les autres magasins pour bébés. En bref, l’attente aux queues a été couronnée de succès: j’avais des biberons, des tétines, des langes, des culottes en caoutchouc (il n’y avait pas de couches jetables; par la suite, j’en ai reçu un carton de l’étranger et je les ai tellement économisées qu’il m’en est resté deux ou trois que j’ai données à une amie quand elle a accouché), une chaise haute et une poussette, des vêtements. Le bonheur! Quel marathon, aussi, pour la bouillie à la banane et pour les petits pots de la marque «La Brigade» d’Assenovgrad. On disait que les beautés un peu mûres se ruaient dessus pour conserver jeunesse et beauté, parce qu’ils étaient vitaminés. Pourquoi pas, ça doit faire du bien, les abricots au riz. Sans compter que les couvercles des petits pots fermaient solidement et je les distribuais aux voisines et aux parentes.

Mon bébé a grandi et, bien sûr, j’ai conservé ses affaires. Huit ans plus tard, j’ai été enceinte de nouveau. Je n’avais besoin que de tétines. Avec mon gros ventre, je suis allée début 1984 au DetMag et j’ai demandé quand ils «lâcheraient» des tétines Chico. La vendeuse m’a expliqué, en contemplant mon ventre, qu’il faudrait que j’attende qu’on les importe pour le prochain congrès.

Et comme je ne pouvais pas attendre, j’ai trouvé des dollars au marché noir et j’ai acheté des tétines au Korekom[9], le grand, celui qui était en face du DetMag.

Tzvetana Delibaltova-Tomova, 53 ans, journaliste, Vienne

«Le bon vieux temps»

Tous les samedis matins, nous allions, mon père, ma sœur et moi, au «gastronom»[10], où la queue était déjà énorme. Je me mettais à la queue devant la caisse, et les autres aux queues devant le fromage et la viande. Nous attendions toujours au moins une heure et demie et je mourais de peur d’arriver à la caisse avant que mon père soit revenu avec les achats et l’argent, auquel cas je risquais de me faire insulter par les autres personnes qui attendaient et de perdre mon tour.

D’autres souvenirs: nous portions à ma grand-mère des saucisses et de la charcuterie, car au village, il y en avait rarement, et Guéna, la vendeuse, les distribuait à la tête du client. Les femmes séchaient des heures de travail pour aller à la chasse dans les «magasins exemplaires» [11] et voir ce qu’on avait «lâché». Après de longues années d’errance en location, notre tour est enfin venu et nous avons reçu un appartement de fonction tout neuf dans lequel il n’y avait pas un seul angle droit, et que mon père et ma mère ont eu toutes les peines du monde à payer, tout ingénieur et juriste qu’ils soient. Ce qui fait que ce que je retiens par-dessus tout du socialisme, ce sont les tracas incessants et humiliants du quotidien et le manque permanent de produits de base. Comme disait mon professeur à l’Institut des bibliothécaires, madame Lenkova, constatant qu’on avait «lâché» des filets d’oignon au magasin de fruits et légumes, «quand y a pas d’oignons, y en a pas; quand y en a, y a rien d’autre». C’était comme ça. Et je m’étonne que certains oublient si vite, et que des gens par ailleurs intelligents commencent à appeler ce temps-là «le bon vieux temps».

Despina Popova, 38 ans, bibliothécaire à la Bibliothèque nationale, Sofia

Le jardin d’enfants ou la grande bouffe

A quatre ans, j’ai été envoyé dans un jardin d’enfants exemplaire. Les premiers jours, j’ai beaucoup pleuré, je voulais ma maison et ma maman. Ensuite, je me suis calmé et ça a commencé à me plaire. La vie au jardin d’enfants avait pas mal de bons côtés. Apparemment, les nounous avaient la flemme de s’occuper de nous, et nous restions souvent sans surveillance. Pendant des heures, c’était des courses, des bagarres… on faisait les fous. J’adorais la bagarre. J’étais grand et grassouillet, je ne courais pas aussi vite que les enfants de mon âge plus agiles que moi, en revanche, je mettais tout le monde au tapis et je me sentais fort.

L’autre bonne chose, c’était que je pouvais m’en mettre plein la panse. J’étais plutôt gourmand (de ce point de vue là, je crains de n’avoir pas beaucoup changé). À déjeuner, c’était entrée, plat et dessert, dégoûtants aux yeux de beaucoup, mais pas pour moi, au contraire. Il fallait tout manger jusqu’à la dernière miette, et, pour d’obscures raisons, c’était important pour l’institution (je suis tenté d’interpréter cette exigence comme une institutionnalisation des valeurs de la pauvreté). Les appétits d’oiseau vivaient sous la menace: s’ils ne finissaient pas tout, on leur verserait la nourriture dans le cou. Je n’ai pas souvenir que ce soit arrivé, mais la menace semblait tout à fait réelle. Les malheureux s’efforçaient d’avaler la pitance abhorrée de peur d’être punis en public.

J’ai aperçu ma chance à l’instant où je me suis rendu compte qu’en fait, le pouvoir ne s’intéressait pas à qui nettoyait les assiettes, du moment qu’on ne jetait rien. Rapidement, les martyrs potentiels de la doctrine d’alors sur l’alimentation saine se sont empressés de me proposer leur soupe, leur riz au lait ou leurs fruits au sirop, que j’engloutissais, les joues gonflées de généreuse condescendance – je leur rendais service, tout de même. Comme dans toute économie planifiée, tout le monde était satisfait de la redistribution occulte qui s’effectuait dans les limites de la norme exigée. Les maîtresses louaient l’enfant sage et facile à nourrir que j’étais, tandis que mes parents, tout en en concevant une légitime fierté, s’alarmaient légèrement de ma prise de poids. Mes copains au tempérament frugal m’étaient reconnaissants et se sentaient obligés de me complaire, telle une tribu qui apporte à son roi grassouillet les surplus des modestes produits de son île. Mon autorité grandissait, mes positions de leader dans le groupe se renforçaient. Des années plus tard, j’ai lu la description anthropologique de certaines sociétés primitives qui engraissent fidèlement leurs chefs gourmands, et j’ai immédiatement reconnu mon jardin d’enfant, avec moi-même au milieu, béatement repu et heureux.

Ô, temps d’opulence et d’insouciance!

Haralan Alexandrov, 36 ans, anthropologue social, Sofia

Traduction du bulgare: Danièle Stantchéva

Remarques

[1] Signifie littéralement « Jeunesse ». C’est l’une des nombreuses cités-dortoirs faites de préfabriqués qui ont poussé comme des champignons dans la Bulgarie communiste.

[2] L’Institut d’architecture.

[3] Organisation de la jeunesse communiste, créée sur le modèle soviétique.

[4] Le boza est une boisson épaisse à base de millet, faiblement fermentée ; la banitza est un feuilleté, le plus souvent au fromage.

[5] Le Jardin des Docteurs (Doktorska gradina), dans le centre de Sofia, tire son nom d’un monument à la mémoire des médecins russes tombés lors de la guerre contre l’Empire ottoman ; Lioudmila Jivkova, la fille du chef suprême de l’Etat, Todor Jivkov, avait élu domicile dans un des immeubles le jouxtant.

[6] Respectivement, aux Xe et XIIIe siècles.

[7] Nom donné à tous les modèles de fabrication soviétique dérivés de la Fiat 124.

[8] Seul grand magasin de Sofia consacré (sur trois étages) aux articles pour enfants.

[9] Chaîne de magasins (créée par le ministère du commerce extérieur en 1964) où les achats se faisaient en devise étrangère forte.

[10] Magasin d’alimentation

[11] Magasins spécialisés (en fruits et légumes, vêtements, chaussures…).

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