Instant devant Beaubourg

Assez d'un Paris lassé
où tout serait déjà écrit et dessiné,
depuis longtemps composé,
joué, chanté, interprété ...
Il ne me reste plus
qu'à trouver une place devant Beaubourg,
au milieu de la fourmilière grouillante de badauds
qui regardent mimes, clowns et acrobates.

Ensorceleur dédaigné,
avaleur de feu anonyme,
je respire le feu du bûcher des hérétiques,
j'aspire enivré les cendres des hérétiques,
j'avale mon propre feu,
attisé par l'étincelle sauvage que poursuivent
les pas des nestinars , des bougres et des Cathares.
Etincelle déchaînée,
signe génétique immortel,
secrètement apporté de Bulgarie...

J'assouvis par le feu ma soif folle.
J'avale des flammes
plus brûlantes
que l'alcool.
La grammaire flamboyante me grise.
Je gobe le feu par syllabes.
J'engloutis des mots embrasés de silence,
des substantifs figés dans la quiétude,
des verbes qui sifflent en mouvement,
des pronoms,
adverbes,
participes.

Le feu prend part à la dernière communion.
C'est le verre que je lève à toi, Paris.
Verre de flammes,
que ne peuvent lever que les danseur de feu de la Strandja.
A ta santé, par ce feu
qui me fait renaître!
A ta santé, par ce feu
dans les flammes duquel je lis
le destin du monde,
arraché au déluge,
condamné au déluge...
A ta santé, par le feu!

Je danse dans le feu.
Et le feu danse en moi.
J'avale le feu, j'expire le feu,
jusqu'à ce qu'enfin je rayonne intérieurement.
Et que parmi les flammes fleurisse un poème de feu,
pressentiment d'une explosion qui palpite.
Et j'explose comme de la dynamite
posée par quelque terroriste devant Beaubourg.
Et je me transforme non pas en fumée et en cendre
mais en une furieuse étincelle de lumière,
plus aveuglante que les couleurs de Matisse et Derain.
A ma place devant Beaubourg
il ne reste que ce Nègre d'acier chauffé à blanc
qui avale du feu chaque jour
de dix heures du matin jusqu'à minuit
pour gagner quelque sou...

traduit du bulgare par Marie Vrinat

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