Extraits sélectionnés

Citadin

Dans cette ville
où je ne suis pas né
où sont nés mes rêves crédités à taux zéro
imposés d’en haut

dans cette ville
de ma responsabilité citoyenne d’avance payée
où les bruits se faufilent comme des lézards
nos domiciles sont des repaires luxueux
et notre éducation
est examinée à huis clos

Dans cette ville
le temps manque et la minute est déjà trop
où les hommes ne sont plus hommes mais secondes
où le temps n’est que prématuré
où le pain n’est que paquet de biscottes

Où nos âmes ne sont plus âmes mais candidates à l’âme

Dans cette ville
où les applaudissements
comptent plus que les investissements

Dans cette ville
où règnent sans cesse
des relations nouées et dénouées
au hasard.

les hommes savent pourquoi
et les femmes font semblant de ne pas savoir

Nous sommes des distributeurs de tendresses
basses calories.

Dans cette ville
où il n’y a pas de ville
mais des administrateurs à demi couchés

Tous se déroule selon le plan d’urbanisme

Dans cette ville
où je ne suis pas né
où jamais je ne naîtrai

d’une manière ou d’une autre

il n’y a rien qui puisse arriver.

Paysage protestataire

Tu ouvres les poings du jour protestataire
gorgé de rage et d’étrange beauté.
Tu te promènes parmi les arbres
aux fruits déjà passés.

Tu n’as peut-être jamais vu un paysage aussi beau
Tu n’as peut-être jamais été dans un paysage aussi beau.

Tes définitions sont réformées
Les gouttes de rosée sont sélectionnées
L’été est mieux coté
quand l’hiver givre
ton visage solitaire
imprégné de reflets et de pudeurs,

spécialisé dans les prises d’initiatives
oublié des réceptions officielles

Tu ouvres les poings du jour protestataire
Gorgé de rage et d’étrange beauté
Tu vibres de satiété
Tu veilles
Tu murmures troublé

Tu t’illumines comme le sang d’un couchant abandonné.

Naturel ultra neutre

La situation dit-on
de politique est devenue littéraire
par des temps non-littéraires
de contemporains aux raisonnements non opportuns,
gâtés par le destin
et mourrant de rire

sans abonnement aux mythologies

c’est toujours pareil:

les sentences sont médisances
roseaux des marais électoraux.

Pendant…

Pendant les longues longues nuits
des amoureux attardés, attardés
aux pas bruyants et aux cœurs sans bruit
autour des tours aux plafonds bas
aux petites fenêtres en aluminium
et aux portes carrées en acier

partout ça grouille
ça grouille de tendresse et de contrainte.


Distance intime

Aujourd’hui je sors
dehors il fait un temps fin
c’est facile de rompre aujourd’hui

J’achète des livres
parmi les occasions
méditations de fellini
distance intime
interviews avec Tzvetan Marangozov
andré breton amour fou

Et pendant que je sors
une voiture blanche percute
à une allure folle l’audace blanche
de mes mots

pour toi.


Invisiblement

Invisiblement je t’adresse la parole
Chaudement.
Effrontément.
Fidèlement.

Tu es baignée
par des rêves invisibles.
discrète
arrondie
prudente
insupportablement tendre
stylée
souriante dans les cubes de glaçons.

Invisiblement nous nous parlons.
Invisiblement tu tends la main vers mes démons.
Vers mes nains hautains
invisiblement tu tends la main.

Tes gestes chirurgicaux son parfaits.
Invisiblement je me coupe avec tes cheveux.

Oui ou non dis-moi
dis-moi quelque chose*.

*chanson de Marius Kourkinski

Le nouveau rédacteur

Essayez ailleurs
avec ce poème
a-t-il rétorqué
l’homme de la Redistribution
territoriale des capitaux
J’ai pensé: je le tuerai
ce poème
je tuerai mon enfant
avant qu’il ait poussé son premier cri
ça lui apprendra
la dure réalité
encombrée de chefs, de rédacteurs
et d’inspecteurs aguerris

Que puis-je faire:
changer son nom,
le priver de corps
le rimer délicatement
l’effacer de la face de la terre

Là-bas
le voilà
Le nouveau rédacteur
des cœurs battants.

Publication de livre

Tu m’ouvres
à une page au hasard
rencontre du hasard avec une poignée de mots
ou plutôt: avec des sons dansants.

Tu aimes danser.
Tu aimes photocopier
Plusieurs fois
A tout hasard
Pour ne pas manquer.

Mais est-ce la préface qui compte
ou la postface.
Ou quelquefois le traducteur.

L’imprimeur.
Et aussi l’éditeur.

(est-ce mieux de répéter: l’éditeur!)

Ou est-ce la page qui est
défectueuse?

traduits du bulgare par Ralitsa Frison-Roche

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