TROMPETTE VESPERALE

La vie nous tourne sous l’ardeur du soleil,
            Nos pieds s’usent sur les pierres brûlantes.

Mais quand le soir descend du ciel,
            Avec ma trompette je m’assiérai à la porte.

Assez j’ai erré autour de ces murs
            Comme le son d’une cloche qu’on arrache.

Je dois jouer, je dois faire s’effondrer le silence -
            Qu’il ne reste que le cri qui résonne.       

Je veux que le vent chaud retentisse
            Et qu’il ouvre les portes toutes grandes.

Je veux que la terre se remette à marcher
            Sous l’air chevaleresque des cigales.

Avec ma chanson, je veux déchirer
            La clôture barbelée qui vous cerne.

Je veux qu’il retrouve son ouïe, mon voisin
            Qui feint d’avoir l’oreille dure.

Je veux un voleur qui attache ses doigts,
            Un maton qui s’achète une âme.

Je veux verser dans l’œil qui se rouille
            Une goutte de mes chaudes larmes.

Je veux que la fête foraine revienne
            Pour emporter au loin la poussière.

Je veux qu’il meure de chatouillis et de rire
            Celui qui, en proie de l’ennui, se meurt.

Je veux que jusqu’au matin nous veillions
            Sur les morts comme une garde d’honneur.

Je veux dire à tous ceux qui dorment à présent
            Que nous avons tout notre temps à dormir...

Il faut que je joue dans le soir assourdi
            Jusqu'à l’instant où me parvienne

La voix de milliers de trompettes lointaines.
            Ou bien celle d’un archange invisible.

Traduit du bulgare par Mariana Chirova Simmandree

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